La montée de la kundalini à travers les chakras est souvent présentée comme un mouvement ascendant : de la base vers le sommet, de la matière vers l'esprit, de l'inconscient vers le conscient.
Mais ce serait une erreur de voir ce mouvement comme une simple élévation qui rejette le bas. Jung insiste sur ce point dans son séminaire :
« L'éveil et l'ascension de la Kundalinī correspondent à un processus de différenciation progressive des contenus psychiques, marquant l'évolution de la conscience individuelle. Ce mouvement ascensionnel reflète, sur le plan symbolique, le cheminement du moi vers le Soi. »
Le mouvement n'est pas seulement vers le haut. Il est aussi descendant. L'énergie qui monte doit aussi redescendre, sinon, on se coupe du corps, on flotte, on se perd dans l'abstraction spirituelle.
C'est ce que Jung appelait la coniunctio oppositorum, l'union des opposés. Dans le corps, cela signifie :
Les deux mouvements sont nécessaires. La montée sans descente crée la dissociation, la personne vit "hors du corps", dans un idéal spirituel coupé du réel. La descente sans montée crée l'engloutissement, la personne se perd dans l'instinct, sans distance réflexive.
L'individuation, c'est le va-et-vient entre les deux. Descendre pour s'enraciner, monter pour prendre conscience. Puis redescendre avec cette conscience, puis remonter avec cet ancrage. Une spirale, pas une ligne droite.
La spirale : forme vivante de l’union des contraires
Une spirale n’est ni un simple cercle ni une droite :
c’est un cercle qui s’ouvre, une ligne qui tourne tout en avançant.
Elle relie le mouvement cyclique du retour et la progression linéaire de l’évolution. Autrement dit, elle unit le même et le nouveau, le haut et le bas, le
centre et la périphérie.
C’est une forme vivante de la transformation, un symbole universel de croissance et d’intégration.
On la retrouve partout dans la nature : dans les coquillages, les
galaxies, les tornades, les tournesols et jusque dans la molécule d’ADN, cette double hélice où deux brins s’enroulent l’un autour de l’autre, comme deux courants
d’énergie complémentaires, l’un montant, l’autre descendant, reliés par des ponts invisibles.
Cette structure biologique reproduit symboliquement le mouvement même de la Kundalinī : deux forces en interaction permanente, dont la tension crée la vie et la
conscience.
Sur le plan mathématique, la spirale trouve un écho dans les fonctions sinus et cosinus. Si l’on emboîte ces deux courbes, deux ondes opposées et complémentaires, on obtient un mouvement hélicoïdal, une spirale dans l’espace. C’est le langage du vivant : oscillation, rotation, respiration.
Ainsi, la spirale est la forme du vivant
conscient.
Elle n’est pas la fuite vers le haut ni la chute vers le bas,
mais le mouvement continu qui unit les contraires et les transforme.
Le corps devient alors le lieu de cette coniunctio vivante,
où l’énergie s’élève et redescend sans fin, où chaque cycle approfondit la conscience plutôt que de la répéter.
La spirale contenue et débordante du corps
La spirale naît dans le corps, mais elle ne s’y enferme pas.
Elle surgit du centre vivant, du bassin, du souffle, du cœur et se déploie au-delà des contours physiques.
Chaque respiration, chaque mouvement, chaque émotion trace dans l’espace une onde qui s’enroule et se déroule, reliant l’intérieur et l’extérieur, le visible et l’invisible.
Le corps n’est pas une limite : il est un point
d’inflexion de la spirale du monde. Il concentre en lui le mouvement de l’univers et le renvoie vers le dehors sous forme de geste, de regard, de présence.
Ainsi, la spirale dépasse le corps comme la lumière dépasse la flamme.
Elle est ce souffle en expansion qui relie le microcosme et le macrocosme, l’intime et le cosmique, le battement d’un cœur et le mouvement des galaxies.
Le corps contient la spirale en germe, mais la spirale fait du corps un lieu d’ouverture : un vortex de conscience où l’énergie s’enracine, s’élève et se déploie, où la matière et l’esprit cessent d’être séparés, où la coniunctio oppositorum devient respiration vivante.
Le Caducée d’Hermès : archétype de la spirale vivante
Le caducée d’Hermès, ce bâton autour duquel
s’enlacent deux serpents, surmonté d’ailes, est l’un des symboles les plus anciens et les plus universels de l’équilibre entre les forces opposées.
Il représente, comme la Kundalinī dans la tradition indienne, le double courant d’énergie qui traverse le corps :
l’un ascendant, l’autre descendant, s’enroulant autour d’un axe central.
Cet axe vertical, c’est la colonne vertébrale, le suṣumṇā nāḍī du yoga, canal de la conscience. Les deux serpents symbolisent les deux courants complémentaires :
Leur enroulement en spirale autour du bâton exprime le dialogue permanent des polarités : masculin et féminin, conscient et inconscient, haut et bas, esprit et matière. Au point où les deux serpents se croisent, naît une zone d’équilibre, un chakra, un seuil de transformation. Et tout en haut, les ailes d’Hermès figurent l’ouverture de la conscience, l’ascension vers le plan spirituel, lorsque les contraires se sont unis dans un même souffle.
Le caducée est donc bien plus qu’un symbole médical :
c’est une image de la vie en mouvement, une spirale double qui relie la terre et le ciel. Il résume le parcours de la conscience humaine : l’éveil par la tension des
contraires, l’union par la spirale, et la liberté par l’ouverture des ailes.
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